LE SOLEIL, CES JOURS-LA, S'EST LEVE DU BON PIED

(128 pages)

"Je parle au papier comme je parle au premier que je rencontre".

Cette détermination familière de Montaigne a inspiré à Dominique Nohain le style de son dernier ouvrage, présenté en forme de "journal parlé".

En cette période d'incertitude et de morosité, l'humour et les raisons d'espérer sont à l'ordre… des jours de ce calendrier, témoin des souvenirs personnels de l'auteur, de ses rencontres prestigieuses et de ses états d'âme, mais aussi fidèle rapporteur d'évènements heureux qui, à travers les siècles, se sont montrés réconfortants, ces jours privilégiés où, pour notre bonheur, le soleil, grâce à Dieu, s'est levé du bon pied !

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Journal Parlé (10 premières pages)

Jour préambule

"Je parle au papier

comme je parle au premier que je rencontre".

Cette détermination familière de Montaigne m'incite, au moment où je me propose de consigner quelques impressions et quelques souvenirs dans un "journal", à ce que ce journal soit "parlé".

Well, niet, amen

"Well !" Voilà probablement le seul mot anglais que l'on trouvera dans ce journal, attendu que c'est

à peu près le seul que je connaisse dans cette langue.

Mais puisque c'est par ce mot "well" que commencent en général les réponses de nos amis d'outre-Manche ou d'outre-Atlantique lorsqu'on leur pose une question à la radio ou à la télévision, il m'a semblé "tendance" – disons : opportun – de répondre à la première question qui logiquement vient à l'esprit ici :"pourquoi ce journal et pourquoi ce titre ?", en commençant par "well".

Donc :

- Well ! Si aujourd'hui je prends la plume… c'est par une aspiration - elle ne date pas d'hier - qui m'encourage à réagir contre ce fléau : la distillation à outrance, dans les médias, des nouvelles fâcheuses.

Surenchère permanente de commentaires drama-tiques et d'images bouleversantes… Compétition à qui angoissera le plus le bon peuple!

Evidemment, comme pour le dilemme de la poule et de l'œuf -qui a commencé ? l'œuf ? ou la poule?- on peut s'interroger : qui est réellement responsable de cet actuel et navrant "mal du siècle"?

- Est-ce le lecteur (ou l'auditeur) qui oblige le journaliste à un développement exagérément déprimant de l'information ?

- ou le journaliste qui crée ce besoin au lecteur (ou à l'auditeur) par souci de tirage ou d'audience ?

Quoi qu'il en soit, le phénomène contribue largement à la sinistrose dans les esprits, avec tout ce qu'elle comporte de répercussions destructrices.

.Je suis aussi sensible que quiconque aux drames de toutes sortes qui indignent et même désespèrent, aux quatre coins du monde (bien que la terre soit ronde). Tant de situations douloureuses et cruelles!

Mais le fait d'en être si minutieusement informés nous apporte-t-il la moindre possibilité de les atténuer ?

Evidemment, non.

Nous sommes infiniment tristes d'apprendre qu'un avion de tourisme, transportant quatre personnes, est tombé au Paraguay,

- qu'un hold-up a été évité de justesse à Helsinki,

- ou qu'un champion de ping-pong a été convaincu de dopage en Indre-et-Loire.

Entre les : "il y aurait 200 victimes"

et les "y a-t-il un réseau de pédophiles à Zanzibar ?"

voilà pour nous quotidiennement des sujets de contrariété dont nous pourrions bien nous passer.

Certes il est de bon ton, pour certains, de se pencher avec compassion sur les malheurs de l'humanité :

"Comment pouvez-vous être heureux au milieu de cette misère qui nous entoure ?"

Nous voyons de nombreuses vocations "humanitaires" éclore : vedettes de cinéma… hommes politiques. C'est très bien.

Simple petit bémol (comme on dit de nos jours), ainsi que l'observait déjà Sacha Guitry :

"A bien des actions généreuses on trouverait des circonstances atténuantes…"

Mais bref ! ce sont tout de même de louables initiatives.

Alors ? Impuissants à résoudre les divers problèmes des nations et des individus, devons-nous rester inactifs, muets et indifférents, nous, hommes d'écriture ?

Bien évidemment, non.

Niet. (Je dis niet pour compenser mon well de tout à l'heure, et apporter la démonstration de l'universalité de mes connaissances en langues étrangères…)

Niet, dis-je... Non, mille fois niet, pas question de nous laisser submerger par ce déluge d'informations désespérantes, sans esquisser la moindre réaction.

Pour le tout petit homme de plume que je suis (la modestie est le pire des orgueils, oui, je sais… mais j'ai oublié qui l'a dit…), comment partir efficacement à la recherche d'un antidote assez puissant pour désarçonner ce poison si contagieux : la médiasinistrose ?

Une piste me semble mériter un certain crédit : privilégier "la bonne nouvelle" pour en contre-balancer tant de mauvaises.

Tel sera donc mon objectif dans ce "journal" :

établir un calendrier de jours ensoleillés,

noter, bien entendu, dès aujourd'hui, les évène-ments et les rencontres susceptibles d'apporter du réconfort – ou de la joie –

mais aussi retrouver dans ce calendrier les jours, au cours des siècles… où inventeurs, bienfaiteurs de l'humanité, artistes de génie, hommes de cœur, femmes – n'oublions pas la parité – ont contribué, ne serait-ce que fugitivement, à embellir la vie autour d'eux, pour le présent… et quelquefois pour l'avenir… - pour nous qui vivons aujourd'hui.

En un mot, préférer évoquer le jour où Jean-Sébastien Bach a terminé sa toccata, plutôt que s'attarder sur la question : "le tueur de Montargis assassinera-t-il une quatorzième fois ?"

Se réjouir rétrospectivement de la radieuse inauguration du Canal de Suez avec l'impératrice Eugénie, plutôt que se créer des sueurs froides parce que "l'effondrement boursier paraît inévitable pour la semaine prochaine"…

Profiter également de ce "journal" pour revivre un instant les heures exceptionnelles que j'ai eu la chance de partager avec des hommes publics éminents, des écrivains célèbres, des grands noms -

masculins et féminins- de la chanson et du spectacle…

Enfin relater des beaux jours, égrenés au cours de mes voyages… trop épisodiquement intercontinen-taux. Demandez le programme!

Amen. Je conclus ce "jour préambule" par amen pour rappeler tout de même ici que j'ai également fait mes humanités :

- dans une école libre pour les petites classes,

- puis dans l'école publique par la suite

(il ne faut désobliger personne) .

Je précise cependant, pour ne pas être accusé de pédanterie (ou de pédantisme – au choix) que, n'étant pas en âge, à 15 ans, de recevoir le prix Nobel - que d'ailleurs on ne me proposait pas -, afin d'être certain de ne pas me voir attribuer, par je ne sais quelle injustice criante, le diplôme de bachelier, que je ne méritais en aucun cas en raison de mes écoles buissonnières répétées, je me suis volontairement abstenu de me rendre à la dernière épreuve de ma session du baccalauréat, pour dissiper tout risque d'erreur ou de favoritisme, qui aurait pu tourner à mon avantage.

Pardon, à ceux qui, par hasard ou accidentelle-ment, ouvriraient ce "journal", s'ils ont l'impression d'y trouver un brin de "fantaisie qui peut ne pas plaire à tout le monde"

- voir "Le meunier, son fils et l'âne"

de notre cher Jean de La Fontaine…-

…La Fontaine qui, - soit dit en passant - parmi tant de traits de génie, a fait preuve d'une charmante délicatesse en choisissant de venir au monde le 8 juillet 1621, illustrant, par une prémonition étonnante, l'anniversaire de ma propre naissance, le 8 juillet 1925.

Ah, cher admirable Bonhomme! En modeste remerciement, je n'éprouve sincèrement aucune jalousie à constater, en contemplant ses portraits, dont le si authentique réalisé par François de Troy, que malgré les 304 ans qui nous séparent,

à nous regarder tous les deux,

aujourd'hui, il "fait bien plus jeune" que moi !

- logique : ses fables n'ont pas pris une ride.

Pour en revenir à la fantaisie - si elle risque de s'aventurer dans ce "journal" - afin de faire taire les appréciations diverses qu'elle pourrait susciter, mon incomparable érudition m'autorise à solliciter le soutien d'un philosophe universellement reconnu. Son avis est à même de tempérer les plus acerbes critiques. Ecoutons Spinoza :

Théorème 41 : la joie n'est pas directement mauvaise, mais bonne. La tristesse, au contraire, est directement mauvaise.

Théorème 45 : entre la dérision, que j'ai dit être mauvaise au corollaire 1, et le rire, je fais une grande différence. Car le rire, de même que la plaisanterie, est une joie pure; par conséquent, pourvu qu'il n'y ait pas d'excès, il est par lui-même bon. Il ne peut y avoir qu'une farouche et triste superstition qui défende de se réjouir. Car en quoi serait-il plus convenable d'apai-ser sa faim et sa soif que de chasser la mélancolie ?

Dont acte. Merci, Maître.

Nonobstant, avant de passer à la date suivante… en témoignage de mon âme chaleureuse, m'adressant à ceux qui, ayant entrouvert ce précieux ouvrage, trop contaminés, se trouveraient déjà en manque d'informations déprimantes - et de leur lancinante mélodie -, je conseille très affectueusement de se reporter, selon la formule consacrée,

"à leur journal habituel",

qui leur dispensera leur dose quotidienne...

Aux autres, c'est-à-dire plus particulièrement à vous-même qui lisez présentement, j'adresse mon message de bienvenue, et l'invitation à partager - je l'espère -, mon opinion, en feuilletant librement ces dates évoquées, au fil des siècles… des années… et de mon bon plaisir… :

"oui, vraiment,

le soleil, ces jours-là, s'est levé du bon pied".

Nota Bene.

En ce qui concerne mon remerciement personnel, si une majorité se dégage parmi les lecteurs pour estimer équitable d'attribuer une récompense aux pages réconfortantes qui vont suivre, j'accepterai volontiers - en accord avec mes Conseils Xénophon et Aristophane –

le "pourboire au porteur d'une bonne nouvelle",

en usage dans l'Odyssée,

excluant toutefois, bien qu'à regret,

le "sacrifice de cent bœufs à la déesse",

…mon barbecue étant actuellement H.S.

La longue phrase ci-dessus peut paraître alambiquée (Cicéron m'affirme que non). J'ai passé tout de même une semaine à en peser soigneusement les termes.

Maintenant, deux possibilités s'ouvrent devant vous : soit vous relisez cette phrase attentivement pour en retirer tout l'intérêt pédagogique,

soit vous laissez tomber carrément.